Les Espaces Publics Numériques auraient-ils mangé leur pain blanc ?

Le 2 juillet je représentais la m@ison à une rencontre intitulé « Rencontre Ville , logement et Innovation numérique » voulue par Christine Boutin et organisée par la FING.

Quatre thèmes étaient abordés :

  • Besoins et attentes
  • Accès aux réseaux
  • Médiation
  • Innovation

Ce fut une après midi riche en rencontres et en échanges, même si je regrette qu’une fois de plus la question de l’accès au réseaux a occupé une bonne partie de l’après midi.

Parlant de l’innovation et de la médiation, l’idée a été émise que les Espaces Publics Numériques auraient « mangé leur pain blanc » et qu’il fallait en la matière innover. Au regard de l’expérience de la m@ison (animations en appartement, mise en place de réseaux d’entraides,…) j’ai sur le moment approuvé ce propos, sur lequel à la réflexion je souhaite revenir.

La nécessité pour chaque espace d’animation de se doter d’un projet global.

La question n’est pas de savoir si les EPN ont « mangé leur pain blanc », et considérer que les temps vont devenir difficiles, mais bien plus comment ils prennent en compte la prégnance de plus en plus forte des TIC dans tous les aspects de la vie quotidienne et donc, les impacts sur les comportements, les modes de relations sociales.

Cette demi journée d’échanges, le forum coopératif de Brest, la biennale de la m@ison, les Roumics, mettent en avant très régulièrement des initiatives qui ont intégrées des problématiques sociales. Des projets qui s’attachent à travailler sur les actions inter-générations, le partage de la mémoire permettent de dépasser ainsi la seule mission de former les populations à la manipulation des outils des Technologies de l’information et la Communication.

Ce ne peut être qu’un premier pas! J’ai eu l’occasion dans un précédent billet d’affirmer la nécessité et l’urgence de mettre en oeuvre une véritable politique éducative aux multimédias, soulignant avec d’autres l’urgence d’une telle démarche, face aux dérives constatées et médiatisées des pratiques des jeunes, mais également face au désarroi de nombres d’éducateurs qui n’ont pas eu une véritable réflexion, formation, sur la posture éducative face aux usages actuelles des TIC et d’en induire et imaginer de nouveaux.

L’enjeu plus globalement pour les EPN est de dépasser la seule fonction d’accueil et de formation de base aux outils, pour s’engager dans des projets qui situent les TIC comme les outils du 21 ème sciècle au service du développement social. Ils doivent se doter de véritables projets qui:

  • prennent en compte les impactes de l’avènement des TIC sur l’environnement social, urbain et économique, a partir d’une ananlyse fine des territoires sur lesquels ils interviennent.
  • affirment des partis-pris, car comme toutes démarches sociales, rien n’est jamais neutre, et il me paraît essentiel d’être « transparent » pour le public accueilli.
  • fixent des objectifs à long, cours et moyen terme
  • présentent une démarche pédagogique.

Cette étape me paraît essentielle. A l’exemple d’autres, La m@ison de Grigny, le Centre Icom’ Handicap International affichent ainsi leur projet. Leurs animateurs peuvent concevoir leurs interventions qui illustrent très concrètement les orientations de leurs structures. Ces projets sont de véritable document de référence pour la mise en oeuvre et l’évaluation de l’action quotidienne.

Définir la fonction d’animateur des EPN

Bien sur cette démarche pousse à revoir la formation ou plus simplement à concevoir la formation des animateurs des EPN. Être un bon technicien ne fait pas un bon éducateur. La fonction nouvelle de ces animateurs se situe à la charnière entre éducation et technicité! Pas simple de gérer cette posture au quotidien, pas simple de résister à la tentation de tomber vers l’un ou l’autre des versants. Mon expérience et celle de l’équipe avec qui je travaille me permet d’affirmer qu’il faut pour cela remettre en cause et en permanence, son language, sa capacité d’écoute, ses acquis pédagogiques et technique. Mais lorsque l’on arrive à trouver le bonne équilibre les résultats sont quasi immédiat ! Notre action devient alors compréhensible par tous: usagers et techniciens confirmés.

Revoir la soi-disante neutralité des EPN:

Quant avec Guy nous abordons ces différentes questions lors de nos interventions il n’est pas rare que les animateurs des EPN nous renvois vers la neutralité, vers leur action « apolitique ». Nous rétorquons qu’il ne peut y avoir de neutralité en la matière. Agir pour que

  • Chaque citoyen accède aux TIC
  • les TIC soit un outil d’expression de tous
  • Les plus exclus ne subissent pas une exclusion supplémentaire
  • Les logiciels soit accessibles à tous
  • Les personnes se rencontrent et partagent leurs savoirs et savoir-faire

n’est pas neutre.

D’autres choix pourraient être fait qui n’auraient eux aussi rien de neutre:

  • Distribuer des ordinateurs formater à des usages exclusifs
  • former seulement aux logiciels propriétaire
  • Former à l’usage exclusif des services en ligne,

Non décidément il ne peut y avoir de neutralité de l’éducation. Vouloir donner aux jeunes des repères, inculquer des valeurs humaines, … que ce soit grâce aux TIC ou dans une activité sportive, tout ceci n’a rien de de neutre. Nous savons bien avec Guy, que l’affichage de cette soit-disante neutralité renvoi le plus souvent vers une image négative de la politique vers notamment les jeunes animateurs. La politique n’est pas un « gros mot ». Réhabiliter le terme politique est de notre responsabilité de formateur, rénover la politique est de la responsabilité des citoyens! Mais ça , c’est une autre histoire !

À la réflexion les Espaces Publiques Numériques n’ont pas « mangé leur pain blanc ». Tout est question de volonté….politique 😉