Gagner du temps en prenant le temps de la réflexion et de la construction !

horloge.jpgVoilà quelques jours que je n’ai pas pris le temps de rédiger un billet.  Ce n’est pas que les idées qui manquent, c’est plutôt le temps. Et justement à propos de ce temps qui court  j’ai envie de prendre le temps de me laisser le temps d’un billet d’humeur. Du temps on en entend beaucoup parler : le temps des réformes, le temps de la concertation, … . Cette notion du temps est souvent entrelacée à la notion du rythme. Le temps et le rythme des réformes; le temps et le rythme de travail …. Les choses peuvent être dissociées. Mon expérience me pousse à penser qu’elles doivent l’être . On peut avoir un rythme soutenu tout en prenant le temps ! Ce n’est pas contradictoire c’est à mon avis d’ailleurs bien plus constructif. Car prendre le temps c’est aussi en gagner et du coup baisser le rythme pour l’accélérer plus tard mais sur des bases durables. Je m’explique par l’exemple.

J’ai connu nombre d’élus qui dès lors qu’une décision était prise, il fallait qu’elle soit appliquée le lendemain. Pour certaines cela ne pose aucun problème: quand il s’agit de poser une barrière à tel endroit, ou boucher le trou de tel trottoir. Mais il en est tout autrement dès lors que les orientations en question ont des conséquences réelles sur la vie des gens en terme d’organisation, de formation, de démocratie, …. etc. Le rythme se transforme alors en précipitation sans prendre la mesure des conséquences, sans écouter les personnes pour qui cela va avoir un impact réel. Moralité la mise en œuvre se heurte à toutes les incompréhensions, donc toutes les résistances, et de fait le projet échoue !

Savoir donner du temps au temps. Savoir mesurer les conséquences de ses actes, des décisions prises. Savoir associer le plus grand nombre possible de personnes à l’élaboration des décisions et les impliquer dans la mise en œuvre. On parle beaucoup aujourd’hui de démocratie participative. C’est louable et souhaitable, bien que pour ma part je préfère utiliser le terme de participation citoyenne. Cette démarche est incompatible avec précipitation . On ne peut construire avec les gens sans prendre le temps de les écouter, sans prendre le temps de leur laisser le temps de s’investir, réfléchir et construire. Ou alors c’est un leurre ou l’auto-justification d’une politique que sur le fond on n’a pas envie de mettre au débat.

J’anime aujourd’hui un projet, celui de la m@ison de Grigny, pour lequel nous avons eu la chance qu’il nous soit commandité par un élu qui a voulu prendre ce temps. L’élaboration du projet a pris cinq mois, associant soixante quinze personnes. Nous aurions effectivement pu nous retrouver entre « spécialistes » autour d’un bureau. Nous aurions pu alors faire une proposition en quinze jours, mais qu’en aurait-il été de la mise en œuvre, de l’impacte sur la population ? Sans aucun doute bien moins forte. Six années après sa mise en œuvre la m@ison a un rayonnement nationale et des relations internationales. Nous le devons essentiellement à la dynamique qu’ont su impulser les personnes qui se sont investies non seulement dans l’élaboration du projet, mais qui se sont senties également responsables de sa mise en œuvre. Tout le monde s’accorde aujourd’hui à dire que le projet de la m@ison s’est développé à un rythme que personne n’attendait .

Il est vrai que nous vivons dans une société ou tout s’accélère. Tout s’accélère au risque de laisser un grand nombre de la population sur le bord de la route et/ou sans mesurer toute les conséquences pour l’avenir. Il en est ainsi des technologies de la formation et la communication.

  • Il faut développer les services en lignes, pour gagner du temps et du confort, mais une partie non négligeable des personnes n’ont pas accès aux outils.
  • L’information est plus dense plus rapide, plus directement accessible, mais une très grande partie de la jeunesse n’a pas la formation pour faire le tri.
  • Il faut des ordinateurs dans toutes les salles de classes, mais la majeur partie du corps enseignant n’a pas accès à la formation pour en développer les usages auprès de leur élèves….

Pourtant je ne crois pas qu’il y ait incompatibilité entre accélération des progrès scientifiques et technologiques et développement harmonieux de la société. La question est encore ici pour partie celle du temps.

  • Quel temps donner à la formation permanente.
  • Quel temps donner au débat sur les usages des progrès scientifiques…

Ce que j’évoque pour les progrès scientifiques est valable pour tous les domaines de l’activité humaine. Par exemple quel temps dégagé pour chaque exercer la citoyenneté. Quel temps donner à tous ces  élus locaux pour exercer sereinement leur mandat. Quel temps dégagé du temps passé au travail pour permettre à chaque citoyen d’exercer sa citoyenneté en lui permettant par exemple de participer à la vie associative ?

sarko-l-hyperactif.jpgVoilà! Pas de conclusion à donner à ce billet, c’est un billet d’humeur et il se fait tard ! Et le temps va me manquer pour me reposer ! Car ce soir j’ai pris le temps d’écouter celui qui a pris le temps de venir expliquer qu’il a peu de temps pour réformer la France et que pour ce faire il prend le temps d’écouter pour ne pas en tenir compte, donc de perdre son temps. Mais je lui reconnais qu’il a pris le temps ce soir de venir expliquer au plus démunis qu’il allait supprimer un impôt qu’ils ne paient pas ( la taxe professionnelle ) mais en oubliant de prendre le temps de dire en même temps que cela allait appauvrir les pouvoirs les plus proches d’eux (les communes) pour qui bientôt ne posera plus le temps de l’action puisqu’il aura pris le temps de réformer l’organisation administrative de la France afin de supprimer l’échelon décisionnel et politique le plus proche du citoyen.

Aller je vais me coucher, car j’ai décidé de prendre le temps de participer aux actions et de construire avec de tout ceux qui ont décidé de ne plus perdre leur temps à écouter l’homme qui noie leurs problèmes dans l’air du temps !